Assises de l'Interculturalité
La commission "Droits des Femmes et Interculturalité" s'est réunie pendant plusieurs mois sous la présidence de Viviane Teitelbaum afin d'examiner et de prendre position sur le rapport final du Comité de pilotage des Assises de l'Interculturalité. Un consensus s'est dégagé sur la plus grande partie de la position du CFFB. Une position minoritaire existe pour quelques paragraphes seulement. Il a donc été décidé de les inclure dans le texte dans une présentation différente. La note a été adoptée au Conseil d'Administration (par un vote à 88% - 12% et en commission 80%-20%).
A l'unanimité, les membres du CFFB marquent leur accord avec les principaux constats de base qui ont amené à la convocation des Assises de l'Interculturalité, à savoir : - que des personnes appartenant à certaines minorités culturelles, nationales ou religieuses sont, davantage que d'autres, touchées par la précarité ; - que ces populations sont victimes de discriminations, contre lesquelles il convient de lutter, dans un certain nombre de domaines (emploi, logement, éducation,...).
Ayant examiné en détail le contenu du rapport, le CFFB considère également qu'un certain nombre de propositions qui y figurent peuvent constituer des pistes de réponse à ces problèmes.
Malgré les points de convergences mentionnés, le CFFB ne peut cependant pas adhérer de manière globale aux conclusions tirées par le Comité de pilotage des Assises, essentiellement pour les trois raisons suivantes :
1. L'ABSENCE DE LA DIMENSION DE GENRE D'emblée, le CFFB regrette que la dimension de genre ne soit que peu présente dans le rapport du Comité de pilotage, si ce n'est pour en relativiser et en affaiblir la portée. Le CFFB s'en étonne d'autant plus que de très nombreux problèmes que vivent les femmes, du fait de certains aspects de cultures minoritaires, avaient été dûment mis en évidence par un rapport rédigé dans le cadre des Assises.
Il exprime également les plus vives inquiétudes quant à l'affirmation du Comité de pilotage selon laquelle dans la mesure d'une certaine "proportionnalité", ni la lutte contre le racisme, ni l'égalité des sexes, ni l'égalité des citoyens ne semblent avoir valeur de principes absolus pour les auteurs du rapport.
Au contraire, le CFFB considère ces trois grands principes comme fondamentaux et par conséquent non négociables. S'il reconnaît que des différences peuvent apparaître dans la mise en œuvre concrète de ces principes, il ne peut en aucun cas accepter leur remise en question.
2. L'ERREUR DE FOCUS Le CFFB partage les reproches qui ont été faits au rapport du Comité de pilotage, tant de l'extérieur que de l'intérieur (notamment par des membres du Comité qui ont décidé de se retirer du processus ou qui ont rédigé des notes minoritaires claires à ce sujet) quant à l'erreur fondamentale qui entache sa réflexion, à savoir le fait de prendre pour fil conducteur une conception divisée de la société, selon laquelle la question interculturelle devrait être lue en terme d'opposition entre une majorité et une minorité qu'il y aurait forcément lieu de protéger.
Plus précisément encore, la place étonnamment centrale faite dans le rapport à la dimension religieuse du fait culturel n'est pas non plus sans nous interpeller. Une telle conception ne nous semble pas en lien avec les problèmes concrets, essentiellement de nature socio-économique, vécus par les personnes concernées, et en particulier par les femmes. 3. L'ANGÉLISME / L'UNILATÉRALISME En outre, pour une grande partie des membres du CFFB, la perspective adoptée par les membres du Comité de pilotage de mener leur réflexion sur la base d'un schéma qui divise la société entre une majorité et une minorité, cette dernière devant forcément faire l'objet de mesures de "protection" (d'accommodement, d'adaptation,...), n'est pas sans avoir des effets déplorables susceptibles d'entretenir des tensions dans la société plutôt que de les apaiser. Les échos donnés dans la presse au rapport montrent en tout cas que ce dernier a davantage exacerbé les incompréhensions qu'il n'a contribué à les apaiser.
EN CONCLUSION, à l'unanimité il semble finalement utile au CFFB de rappeler :
- Que la cible du combat féministe n'est pas la culture en soi ni la religion en soi mais les pratiques patriarcales liées aux cultures et aux religions. Dans cette optique, il importe de rappeler l'impact de la dimension socio-économique et l'affirmation du principe non négociable d'égalité des femmes et des hommes ;
- Que l'égalité en dignité et en droit des personnes des deux sexes est une valeur fondamentale dont on ne peut en aucun cas admettre la remise en question au nom de pratiques patriarcales ou sexistes véhiculées par les cultures, les traditions ou les religions ;
- Que cela n'empêche en rien que, lorsque des valeurs culturelles ou religieuses s'opposent au principe d'égalité des sexes, nous considérons que c'est un droit et un devoir de les critiquer, de les dénoncer voire de les combattre, ce que nous continuerons à faire sans accepter de compromission aucune ;
- Que l'interculturalité consiste à nous investir avec nos différences tant dans la lutte contre nos problèmes communs - lutter contre la pauvreté, pour plus de justice sociale, pour plus d'égalité, etc.-, que dans la lutte pour une égalité entre citoyen --ne --s ;
Le Conseil souhaite mettre l'accent sur le commun dénominateur des luttes des femmes, à savoir le combat contre le système patriarcal, et faire apparaître qu'en dépit de modalités et de formes différentes selon les lieux et les périodes, c'est toujours ce même système qui opprime les femmes de diverses manières. C'est ainsi qu'il est possible d'envisager une lutte commune pour l'émancipation avec des femmes venant d'horizons politiques, idéologiques, culturels ou religieux différents.
Fidèle à sa tradition d'engagement social concret, le CFFB réaffirme donc l'importance et l'urgence qu'il y a à encourager la mise en commun des ressources individuelles et culturelles de tous dans une véritable convergence interculturelle. Notre conviction est qu'une telle convergence ne se construira pas sur l'exacerbation des différences communautaires, mais plutôt sur la mise en place de politiques et de lieux de rencontre, de partage, d'action et de promotion de l'émancipation de tou(te)s.
C'EST DONC SUR CES QUESTIONS QUE LE CFFB APPELLE LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL, COMMANDITAIRE DU RAPPORT, AINSI QUE TOUS LES ACTEURS CONCERNÉS, À FOCALISER LEUR ÉNERGIE.
La position est suivie de deux notes des commissions "santé" et "enseignement" sur les chapitres y relatifs et complètent ainsi la position du CFFB.
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