Le Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB) exprime sa profonde incompréhension face au choix de la Fédération belge de football de confier à Roméo Elvis la co-signature de l’hymne officiel des Diables Rouges pour la Coupe du Monde 2026.
En septembre 2020, l’artiste a publiquement reconnu avoir eu, à l’égard d’une jeune femme, un « geste déplacé » et avoir « utilisé [ses] mains de manière inappropriée ». Ces faits, qu’il a lui-même admis, relèvent d’une atteinte au consentement. Pour rappel, il s’est introduit dans une cabine d’essayage sans y avoir été invité et a placé ses mains de manière inappropriée et intime sur cette jeune femme qu’il venait de rencontrer dans une boutique.
Sans méconnaître le droit de chacun à évoluer et à se remettre en question, le CFFB estime qu’il appartient aux institutions publiques et sportives de faire preuve d’une vigilance particulière lorsqu’elles choisissent les personnalités appelées à représenter la Belgique et à incarner les valeurs transmises aux jeunes générations.
Le football est porteur d’un message collectif. L’hymne national d’une équipe qui rassemble des millions de supporters, et en particulier de jeunes, ne peut être dissocié des valeurs de respect, d’égalité et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Cette position s’inscrit dans la continuité du combat mené par le CFFB contre la banalisation des violences faites aux femmes dans l’espace médiatique et culturel. En 2017 déjà, le CFFB avait dénoncé le choix de Damso pour composer l’hymne des Diables Rouges, en raison de paroles ouvertement misogynes et dégradantes pour les femmes.
Une réaction indépendante et assumée
À la suite de cette prise de position, certaines critiques ont suggéré que le CFFB aurait réagi plus lentement dans le cas de Roméo Elvis que dans celui de Damso, allant jusqu’à attribuer cette différence à la couleur de peau des artistes concernés.
Le CFFB rejette catégoriquement cette insinuation.
Notre organisation agit de manière indépendante, sur base de principes constants, et non sous la pression des réseaux sociaux. Ses administratrices et expertes interviennent à titre largement bénévole et ne sont pas tenues de répondre dans l’urgence imposée par l’actualité ou par les injonctions extérieures.
L’information relative à cette nomination ayant été rendue publique durant la période des congés de printemps, le CFFB a pris le temps nécessaire pour analyser la situation et adopter une position concertée. Une réaction dans la semaine suivant l’annonce constitue un délai parfaitement raisonnable pour une organisation de la société civile.
Les valeurs que nous défendons
Le CFFB rappelle qu’il ne s’agit pas ici de nier la possibilité pour une personne de reconnaître ses actes et d’évoluer. La question est celle de la responsabilité symbolique des personnalités choisies pour représenter la Belgique et rassembler l’ensemble des supporters et supportrices belges.
Un hymne national n’est pas une chanson comme une autre. C’est un symbole collectif, qui suppose une vigilance cohérente dans l’appréciation des paroles, des comportements et des messages portés publiquement par les artistes choisis. Il n’est dès lors pas cohérent de considérer en 2018 que certaines paroles rendaient Damso incompatible avec cette fonction et, quelques années plus tard, de relativiser les actes de Roméo Elvis.
À l’heure où les violences sexuelles demeurent massives et où tant de victimes peinent encore à être entendues, les symboles comptent.
Un sexisme encore profondément ancré
Au-delà de ces deux situations, cette polémique met surtout en lumière un problème plus large : la persistance du sexisme dans l’industrie musicale comme dans le football.
Les femmes restent encore largement sous-représentées dans les programmations de festivals, les scènes principales, les maisons de disques et les postes de décision du secteur musical. Le football demeure lui aussi un univers majoritairement masculin, tant dans ses structures dirigeantes que dans ses représentations symboliques.
L’hymne des Diables Rouges se situe précisément à la croisée de ces deux mondes. En effet, aucune artiste belge féminine n’a jamais été choisie seule pour interpréter un hymne officiel des Diables Rouges. Les voix chargées d’incarner musicalement l’équipe nationale ont presque exclusivement toujours été masculines. En 2026, une artiste féminine, Sylvie Kreusch, participe enfin à un hymne des Diables Rouges, mais uniquement dans un duo avec Roméo Elvis, et non comme artiste principale.
Ce constat soulève une véritable question de représentation. Les femmes sont pourtant nombreuses à soutenir les Diables Rouges, à fréquenter les stades, à pratiquer le football et à participer pleinement à cette culture sportive. Elles devraient donc pouvoir se reconnaître dans les artistes choisis pour représenter cette ferveur collective.
Tant que les femmes resteront insuffisamment représentées dans les espaces de pouvoir, de création ainsi que dans les domaines du sport et de la musique, ce type de controverse continuera inévitablement à se reproduire.
Contact presse :
Conseil des Femmes Francophones de Belgique
info@cffb.be – www.cffb.be
