Communique de presse : Féminicides invisibles : pour la vérité, la justice et les enfants des victimes

La réouverture de l’enquête sur la mort de Madeleine Gandolfo, longtemps classée comme suicide avant d’être aujourd’hui requalifiée en assassinat présumé, constitue un signal d’une importance majeure pour toutes celles et ceux qui luttent contre les violences faites aux femmes.

Madeleine Gandolfo était une jeune femme de 31 ans, mère de deux enfants. Pendant plus de vingt ans, ses proches — et en premier lieu ses enfants — ont dû vivre avec l’idée que leur mère s’était donné la mort. Or, pour un enfant, grandir avec le récit d’un suicide parental est une épreuve psychique majeure, souvent marquée par la culpabilité, la honte, l’incompréhension et le silence.

Si l’enquête confirme aujourd’hui l’hypothèse d’un homicide, cela signifie que ces enfants ont non seulement perdu leur mère dans des circonstances violentes, mais qu’ils ont également été privés pendant des années de la vérité à laquelle ils avaient droit. Ils sont, à leur manière, des victimes directes de cette affaire. Leur permettre de sortir du mensonge, de l’incertitude et du doute est une exigence fondamentale de justice.

Ce dossier rappelle avec force une réalité trop souvent ignorée : les féminicides visibles ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Derrière les homicides reconnus comme tels, combien de femmes ont été déclarées suicidées dans des circonstances douteuses ? Combien de décès ont été trop rapidement classés sans que le contexte de violences conjugales, de menaces ou de domination n’ait été suffisamment exploré ?

Il existe également une autre zone grise, plus diffuse mais tout aussi tragique : celle des femmes qui meurent au long cours des conséquences des violences subies. Certaines développent des conduites à risque, des addictions, des troubles somatiques sévères ou des comportements d’autodestruction directement liés aux violences psychologiques, physiques ou sexuelles qu’elles ont endurées. Ces morts ne figurent pas dans les statistiques des féminicides, mais elles en constituent souvent la continuité silencieuse.

L’affaire Madeleine Gandolfo montre combien il est essentiel que des unités spécialisées de type “cold case” puissent reprendre des dossiers anciens lorsque des éléments nouveaux apparaissent. La relecture des affaires suspectes, la réévaluation médico-légale et l’écoute de nouveaux témoignages sont indispensables pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient encore trop souvent les auteurs de violences létales à l’égard des femmes.

Nous saluons la détermination des magistrats, des enquêteurs et de toutes les personnes qui ont permis la réouverture de ce dossier, ainsi que le courage des témoins qui ont accepté de parler après tant d’années. Leur action rappelle que la justice peut, même tardivement, progresser lorsque la volonté institutionnelle et humaine est au rendez-vous.

Pour le Conseil des femmes francophones de Belgique, cette affaire doit être l’occasion d’une réflexion plus large :

• sur la nécessité d’intégrer systématiquement l’hypothèse de violences conjugales ou sexistes dans l’analyse des morts suspectes de femmes ;
• sur la création ou le renforcement d’unités “cold case” dotées de moyens suffisants ;
• sur la reconnaissance du continuum des violences, qui peut conduire à la mort de manière directe ou indirecte ;
• et sur la prise en compte des enfants des victimes, qui ont droit à la vérité, à la justice et à la réparation symbolique.

Nommer les féminicides, revisiter les décès suspects, comprendre les morts différées liées aux violences : c’est à ce prix seulement que l’on pourra rompre le cycle de l’invisibilisation et de l’impunité.

Le Conseil des femmes francophones de Belgique restera mobilisé pour que chaque femme morte dans un contexte de violence — et chaque enfant privé de sa mère — puisse, un jour, obtenir vérité et justice.

Contact presse :
Béatrice Delfin Diaz
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